Retranscription de l'interview :
Paris Match. Depuis mars, vous interprétez en tournée les chansons composées par Maxim Nucci. On sent que c'est douloureux pour vous.
Jenifer. Eh oui, parfois les mots me rattrapent... A l'époque de l'enregistrement du disque, la suite n'était pas écrite. Maxim ne partage plus ma vie aujourd'hui. Je pourrais ne pas le citer, ne pas parler de lui, mais il fera toujours partie de moi, de ma vie... J'aime mon disque, j'aime les chansons qu'il ma composées, j'ai envie de les défendre le plus possible. Parfois, c'est difficile. Moi aussi je suis un être humain, j'ai un c½ur. Mais je me dis que les sentiments liés à une séparation peuvent être compris par les spectateurs.
Comment vous organisez-vous avec Aaron, votre fils ?
Nous ne nous sommes jamais déchirés, pour son bien. Nous nous organisons en fonction de lui. Pour la tournée, j'ai tout fait pour être le moins possible absente. Je chante généralement le mari et le mercredi soir, puis le week-end. Il a aussi assisté à quelques concerts. Je voulais lui montrer ce que faisait sa maman, mais aussi lui faire découvrir la musique de son papa. On parle beaucoup, tous les trois. C'est un petit garçon très intelligent, qui comprend beaucoup de choses... Maintenant, il a 4 ans et demi. Nous essayons son père et moi, de concilier au maximum nos activités professionnelles et notre rôle de parents.
Est-ce difficile de partir sur les routes sans votre fils ?
Un peu, mais je lui explique. Et je sais qu'il n'est pas seul avec une nounou. Ma mère vient souvent d'Ajaccio, Maxim est bien évidemment présent, c'est un super papa. Quant à moi, quoi qu'il arrive, je l'emmène à l'école et je vais l'y rechercher, peu importe ce que j'ai pu faire la veille, l'heure à laquelle je suis rentrée. Il n'a pas trop senti, en fait, que j'étais sur les routes. Pour ma nouvelle tournée, qui démarrera en octobre, nous adopterons le même rythme.
Aurait-il pu vous accompagner ?
Quand il était bébé, il était souvent avec moi, nous avions aménagé le bus pour lui. J'avais débauché ma cousine pour qu'elle s'occupe de lui et son papa était là. Mais cette fois, il doit d'abord aller à l'école ! C'est un enfant comme les autres. Il a besoin de repères, surtout en ce moment.
Vous sentez-vous proche du monde du show-biz ?
Je ne suis pas dans ce monde-là. Ma tournée, c'est sans paillettes, avec simplicité. J'évite la vie de bohème. J'ai déjà donné. Aaron, par exemple, est scolarisé dans une petite école de quartier, je n'ai pas envie qu'il soit montré du doigt parce qu'il est le fils de. Il ne doit pas pâtir de ma célébrité.
Et vous, en souffrez-vous ?
La plupart des gens sont très respectueux envers moi. Mais il suffit d'un article, d'une rumeur, d'une photo pour me détruire. Cela va parfois très vite. En ce moment, je le vis très mal. Alors je pense à mon fils, je veux qu'il soit le plus épanoui possible, je suis toujours une maman solide.
Est-ce lui qui vous aide à traverser cette période compliquée ?
Oui, bien sûr. Il est très sensible, lui aussi. Mais je sais que je peux aussi compter sur le public. Et sur Maxim, beaucoup, beaucoup... Il restera toujours un moteur pour moi. Nous travaillons d'ailleurs en ce moment ensemble sur un projet futur.
En juillet dernier, vous nous aviez confié vos doutes quant à votre nouvelle orientation musicale. Neuf mois plus tard quel bilan en tirez-vous ?
J'ai été agréablement surprise par l'accueil du public. « Tourner ma page » est même passé sur les radios qui ne me diffusaient pas jusqu'alors. Je ne savais pas si ceux qui me suivaient depuis mes débuts allaient adhérer. Ils ont été là, d'autres sont venus, et ça, c'est génial. Plus généralement, ce n'est pas facile, car rien n'est jamais acquis. Je souhaitais un changement musical, je n'aurais pas pu me lancer dans un disque ressemblant aux deux précédents. J'ai donc pris le temps de me consacrer à ce troisième album, ce que je n'avais jamais fait jusqu'alors.
Vous êtes en tournée depuis quatre mois. Le public est parfois moins nombreux qu'avant.
Cela ne m'inquiète pas plus que ça. J'aimerais bien afficher complet partout, mais ce n'est pas le principal. L'important est de pouvoir apporter quelque chose aux gens qui sont présents.
Quel est votre état d'esprit ? On vous sent fragile.
Cela dépend des jours, je ne sais pas trop comment me juger. Parfois, je me sens perdue. Puis je reprends le dessus parce que je n'aie envie de décevoir ni les gens qui viennent me voir, ni ma famille. Je désire rester une maman en forme. Je ne veux plus être affectée par les rumeurs, cela me fait trop mal.
A quelles rumeurs faites-vous allusion ?
Récemment, on a de nouveau prétendu que j'étais tombée dans la drogue. C'est absolument faux. Que les choses soient claires : je n'ai jamais pris de drogue pendant ma grossesse, ni avant ni après. Si je tiens à rétablir la vérité c'est pour mon fils. Quand il sera en âge de comprendre ce genre de choses, je ne veux pas qu'il ait une mauvaise image de moi. On a dit aussi que j'étais anorexique, parce que j'avais maigri ! Comme je fais partie du show-biz, forcément, je suis une droguée qui ne pense qu'à mincir. Bravo pour le raccourci... Tout cela m'a fat mal au bide. Mes parents me connaissent parfaitement. Pour eux aussi, c'est dur à avaler. Certains pourraient croire ces horreurs. Avant d'entrer à la « Star Academy », je n'étais pas préparée à tout cela. Je voulais juste chanter...
Regrettez-vous ces six dernières années ?
Non, surtout pas. Les rumeurs me font du mal pendant un moi, puis ça passe. Même quand j'étais avec Maxim, nous avions eu droit à une jolie ribambelle de contrevérités. Il valait mieux être deux pour les affronter.
On n'est jamais assez fort ?
Je ne sais pas. En ce moment, en tout cas, je suis beaucoup plus vulnérable. J'ai vécu beaucoup de choses, même si je n'ai que 25 ans. J'ai connu des moment vraiment très difficiles. Ces instants de mon passé ressurgissent parfois. De temps en temps, je m'autodétruis, puis je m'autosoigne. Voilà... je suis comme ça. Il y a des jours où je vais dépasser le stade de la dépression. Puis il y a des jours où rien ne va lus. Je suis très seule, en réalité.
Avez-vous parfois besoin de cette solitude ?
Aujourd'hui, c'est évident. Demain, j'aurai forcément besoin d'être entourée. La solitude me faisait peur quand j'étais plus jeune. Je m'aperçois maintenant qu'elle me fait du bien.
Vous n'avez pas d'amis ?
J'ai des amis sur qui je peux compter certes, mais beaucoup vivent en Corse. Ils sont moins nombreux à Paris. Et puis, ce sont souvent les mêmes tourments qui reviennent. On m'avait déjà prévenue... J'ai tendance à me restreindre dans ma vie alors que ça n'a pas lieu d'être.
Avez-vous pensé à consulter un thérapeute ?
On me l'a déjà conseillé, mais je ne suis sans doute pas prête ! Je ne sais pas si j'arriverais à parler à quelqu'un. Il y a des choses que je n'ai pas envie de développer. A une époque de ma vie, j'ai fait des promesses à certaines personnes. Je ne veux pas les trahir.
Il va bien falloir vous sortir de cette situation ?
J'ai la niaque, j'aime la musique. C'est le principal, même s'il y a des hauts et des bats. Je crois que ne suis plus lunatique qu'on ne l'imagine. Je peux être entourée de plein de gens, et être seule dans ma bulle. Je m'ennuie vite, également. Je n'arrive pas à me contenter de ce qui existe, j'ai toujours besoin d'activité.
Comment voyez-vous le futur ?
J'y pense, mais je ne sais pas ce que cela va donner. J'aimerais bien enregistrer un album de jazz, mais je n'en serais pas capable. Cela déstabiliserait mon public.
Encore une barrière que vous vous imposez !
Personne ne s'attend à ce que je chante du jazz. Peut-être que je me freine trop, c'est vrai. Il y a derrière moi toute une équipe qu'il faudra convaincre. Il faut aussi prendre le risque de se planter.
Quels rapports entretenez-vous avec vos parents ?
Nous discutons beaucoup, nous avons une vraie complicité, mais nous n'allons pas au fond des choses. Ils ont confiance en moi, ils savent que je suis honnête, que je n'ai pas changé, je suis juste moins inconsciente. Je sens bien qu'ils s'inquiètent parfois, mais j'ai le droit de faire des erreurs et de regretter certaines choses. Cela me permet d'avancer.
Faites-vous illusion à votre relation avec le chanteur Pascal Obispo ?
Je préfère ne pas m'étendre sur cette histoire. Pour moi, c'est compliqué.
Vous sentez-vous jolie ?
Je ne me sens pas laide, même si je n'aime pas trop me regarder dans les miroirs. Je me prépare toujours très vite. J'adore la mode, les tissus, mes fripes, les fringues en général. C'est un truc de petite fille que je n'ai pas perdu...
Quel est votre plus gros défaut ?
Mon manque de concentration. Ceux qui me connaissent vraiment m'excusent. Mais bon, il va falloir que je travaille là-dessus !
Et votre meilleure qualité ?
Je suis entière. Je ne fais pas les choses à moitié, dans tous les sens de l'expression.
Interview Benjamin Locoge